15.02.2006

Le dernier hommage à Monsieur Joseph

Le Racing a encore perdu l’un des ses glorieux attaquants. Après Oscar Heisserer (16 octobre 2004), un an après Thadée Cisowski (24 février 2005) et moins de deux moins après le défenseur Marcel Salva (le 19 décembre dernier), les ciel et blanc rendront un dernier hommage samedi avant le match contre la réserve de Montpellier à « Monsieur Jo » qui s’est éteint il y a deux jours à Sète. Joseph Ujlaki, inter droit hongrois arrive en France en 1947 sur la demande du Stade Français qui souhaitait le recruter. Il y restera jusqu’en 1949 où il part s’installer dans le sud où il jouera successivement pour Sète, Nîmes et Nice. C’est sous le maillot rouge et noir de la Côte d’Azur que l’élégant technicien gagnera ses premiers titres.
Il gagne la Coupe de France 1954, sera demi-finaliste de la même compétition en 1955 et 1957 et remporte le championnat de France 1956. Auparavant, Joseph Ujlaki avait choisi la nationalité française en 1952 et débuta en équipe de France le 5 octobre de la même année contre la RFA (victoire des bleus 3-1). Mais un caractère difficile et une mauvaise entente avec Raymond Kopa et les bleus rémois lui fermèrent les portes de la Coupe du Monde 1958.


Sa carrière ciel et blanche
Le président André Dehaye qui désirer enrôler l’attaquant niçois depuis un petit moment déjà, y parvient en 1958. Cette arrivée va coïncider avec le retour du Racing au premier plan. Après une première saison en demi-teinte (9 buts en 34 matches). La saison suivante l’attaque ciel et blanche (composée entre autres de Cisowski, Ujlaki et Topka) affole les compteurs et rentre dans la légende en finissant le championnat avec 118 buts au compteur (record qui tient toujours et qui tiendra pendant encore très longtemps). « Ciso » finit deuxième du classement des buteurs avec 27 buts et Jo Ujlaki, quatrième avec 22 buts. Mais le Racing n’est toujours pas champion, finissant pour la seconde année d’affilée à la troisième place. La saison suivante voit le Racing se placer juste derrière le champion monégasque, une équipe de Monaco que Joseph Ujlaki va retrouver pour l’ultime épisode de la saison 1961/1962. Ce 20 mai 1962, le Racing joue sans le savoir pour la dernière fois les premiers rôles en première division, ce jour là, Joseph Ujlaki et ces coéquipiers vont être champion de France pendant 35 minutes et à jamais le meilleur second de toute l’histoire du championnat.
Ce 20 mai, avant le coup d’envoi sur cette pelouse du stade Louis II, on a vu Monsieur Joseph jonglait avec le ballon et haranguait ses partenaires pour ne rien lâcher jusqu’à la 90e minute. C’est sur un coup-Franc de l’inter droit du Racing, dévié en corner par le mur que le Racing ouvre la marque et c’est encore sur une dernière orientation d’Ujlaki que Magny marque le second but qui laissera croire pendant de longue minute que le Racing est champion. C’était sans compter sur le cinquième but rémois contre Strasbourg qui donnait le titre aux champenois pour un écart de 0,018 au goal-average.
Il quitte le Racing en 1964 à l’issu de la descente. Il jouera encore jusqu’en 1966 à Metz puis à Aix-en-Provence où il prend sa retraite. Il rejouera chez les amateurs entre 1967 et 1969 à Sète et Sommières.
 
Pour finir voici ce qu’écrit Bernard Morlino dans son livre Les défis du Racing paru à la fin des années 80. Ce texte résume bien le footballeur qu’était Joseph Ujlaki, un artiste qui souffrait d’un caractère entier qui l’empêcha de faire une carrière internationale.


Né le 10 août 1929 à Budapest. Naturalisé français en 1952. Brille à l’O.G.C. Nice avant de rejoindre le Racing. Beaucoup le considéraient supérieur à Kopa car il avait un très bon jeu de tête, contrairement au rémois. « Jo » fut un styliste hors pair, possédant toute la gamme du parfait footballeur. Aussi doué du droit que du gauche, sa frappe de balle fit de lui un tireur d’élite. Adresse, vitesse, sang-froid, et vision du jeu quasiment surréalistes, un don d’anticipation qui déroutait adversaires et parfois partenaires ! Ses coups francs et ses reprises de volée firent de lui un élément de grande classe. Fit partie du R.C.P. des années soixante marqué par la poisse. Vingt et une fois international, de 1952 à 1960. Dix buts marqués avec l’équipe de France A. Et cent quatre-vingt-dix, en dix-sept saisons de première division (1947-1964). Tout comme Cisowski, il a été évincé du cercle des tricolores au moment du choix définitif pour la Coupe du Monde 1958. Certes, il y avait du beau monde, mais quand même.


Voici également ce que disait de lui son président au Racing, André Dehaye, lui aussi décédé, lorsqu'on lui demanda quels étaient les joueurs qui l'avait marqué : « Sinon, Ujlaki pour sa frappe de balle et la soudaineté de ses actions. Jo était un joueur complet. »